
Le monde du blues britannique perd l’un de ses artisans essentiels. Le producteur et musicien Mike Vernon est décédé le 2 mars 2026 à l’âge de 81 ans. Son nom reste indissociable de l’explosion du blues anglais dans les années 1960, période que l’on appellera plus tard le British blues boom.
Né le 20 novembre 1944 à Harrow, dans le Middlesex, Mike Vernon découvre très tôt la musique à travers les disques de jazz et de blues qui circulent dans le cercle familial. Adolescent, il se passionne pour le rock ’n’ roll puis pour le blues américain, une musique encore largement méconnue en Grande-Bretagne à la fin des années 1950.
Aux premières loges du blues britannique
Sa rencontre avec le futur historien du blues Neil Slaven l’encourage à approfondir cette passion et à fréquenter les premiers concerts londoniens de musiciens comme Alexis Korner ou Cyril Davies, pionniers de la scène blues britannique.
Au début des années 1960, Mike Vernon entre chez Decca Records. Il découvre le travail de studio et se révèle rapidement comme l’un des jeunes producteurs les plus attentifs à cette nouvelle génération de musiciens anglais fascinés par le blues américain.
En 1966, à seulement 22 ans, il produit un album devenu une référence : Blues Breakers with Eric Clapton de John Mayall & the Bluesbreakers. Le disque marque durablement l’histoire du blues britannique et contribue à installer Eric Clapton comme l’une des figures majeures de la guitare électrique.
Producteur de plusieurs générations
Au fil des années, Mike Vernon accompagne de nombreux artistes liés à cette effervescence musicale. On retrouve sa signature derrière des enregistrements de Fleetwood Mac à l’époque de Peter Green, de Chicken Shack, Savoy Brown, Ten Years After ou encore Climax Blues Band.
Parallèlement, il travaille également avec plusieurs bluesmen américains de passage en Europe, parmi lesquels Otis Spann, Eddie Boyd, Johnny Shines, Champion Jack Dupree ou Freddie King.
En 1965, il fonde, avec Neil Slaven, le label Blue Horizon, qui deviendra l’un des foyers discographiques du blues britannique et contribuera à structurer cette scène encore naissante.

La carrière de Mike Vernon ne se limite pas à la production. Il enregistre aussi sous son nom, notamment avec Bring It Back Home (1971) et Moment of Madness (1973), et participe à plusieurs formations, dont Olympic Runners dans les années 1970.
Installé en Espagne au début des années 2000, Mike Vernon continue ponctuellement à produire et à enregistrer. Parallèlement, Mike Vernon n’avait jamais totalement quitté le travail de production. Au cours des années 2010, il accompagne encore plusieurs artistes de la nouvelle génération du blues britannique et international, parmi lesquels Dani Wilde, Oli Brown, Laurence Jones ou encore Sari Schorr, dont il produit le premier album A Force of Nature en 2016. Une manière pour lui de rester connecté à une scène qu’il avait contribué à structurer un demi-siècle plus tôt.
Au cours des années 2010, il publie encore plusieurs disques avec The Mighty Combo, renouant avec un répertoire swing rhythm & blues. Son dernier album, Beyond the Blue Horizon, paru en 2018, prolonge cet attachement aux racines du blues dans un registre élégant et dépouillé.
Avec son frère Richard Vernon, il avait également fondé les Chipping Norton Recording Studios, où passeront de nombreux artistes au fil des décennies, de Gerry Rafferty à Duran Duran, jusqu’à Radiohead.
En 2013, l’Académie britannique des auteurs-compositeurs lui décerne un Gold Badge Award pour l’ensemble de sa contribution à la musique. En 2020, il est nommé membre de l’Ordre de l’Empire britannique (MBE).
Producteur attentif, passeur de musique et musicien lui-même, Mike Vernon aura joué un rôle essentiel dans la circulation du blues entre l’Amérique et l’Angleterre. Une contribution souvent en coulisses, mais sans laquelle le British blues boom n’aurait probablement pas eu la même résonance.
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